Sécurité

Sauvegarde 3-2-1 et PRA pour une TPE

RPO et RTO chiffrés, copie immuable ou hors ligne contre les rançongiciels, tests de restauration et plan de reprise d'activité réaliste pour une petite entreprise.

Par Jérémy1 min de lecture

Sommaire (9 parties)
  1. Une sauvegarde n'est utile que si on sait la restaurer, à temps
  2. La règle 3-2-1, et ce qu'elle ne dit pas
  3. Immuable, hors ligne, hors site : trois protections différentes
  4. Que sauvegarder : la liste qu'on oublie de faire
  5. La fréquence découle du RPO, la durée de conservation du risque
  6. Le test de restauration, seule preuve qui compte
  7. Le plan de reprise d'activité : quatre pages, pas quarante
  8. Obligations et assurance
  9. Checklist de contrôle

« On a une sauvegarde » est la phrase la plus rassurante et la moins vérifiée d'une petite entreprise. Un disque branché en permanence sur le serveur, une copie qui n'a jamais été restaurée, un ransomware qui chiffre la sauvegarde avec le reste : le scénario se répète. Voici comment je construis une sauvegarde qui survit à un rançongiciel, avec des objectifs chiffrés (RPO, RTO) et un plan de reprise d'activité réaliste pour une TPE.

Ce guide complète le guide général de la sauvegarde, qui s'adresse à tout le monde. Ici, l'angle est celui de l'entreprise : serveur, postes, messagerie, logiciel métier, et le jour où il faut redémarrer.

Une sauvegarde n'est utile que si on sait la restaurer, à temps

Deux questions décident de tout, et on les pose avant de choisir un outil :

  • RPO (Recovery Point Objective) : combien de données pouvez-vous accepter de perdre ? C'est l'écart maximal entre la panne et la dernière copie exploitable. Une sauvegarde nocturne donne un RPO de 24 heures au pire.
  • RTO (Recovery Time Objective) : combien de temps pouvez-vous rester à l'arrêt ? C'est le délai entre la panne et le retour à un service utilisable.

Ces deux chiffres ne sont pas techniques, ce sont des décisions de direction. La technique vient ensuite et coûte plus cher à mesure qu'on les resserre.

Cas illustratifPerte tolérable (RPO)Arrêt tolérable (RTO)Conséquence technique
Cabinet de 5 personnes, fichiers bureautiques1 jour1 à 2 joursSauvegarde nocturne, restauration fichier par fichier
Entreprise avec logiciel de facturation en continu1 à 4 heuresDemi-journéeSauvegarde de la base plusieurs fois par jour, serveur de secours ou machine virtuelle prête
Commerce dont la caisse dépend du serveurQuasi nulleMoins d'une heureRéplication, redondance, mode dégradé écrit

Le tableau est un exemple de raisonnement, pas un barème : vos valeurs viennent de ce que coûte une heure d'arrêt chez vous. Demandez-vous simplement : si tout s'arrête lundi à 9 h, que perd-on par jour (chiffre d'affaires, pénalités, salaires payés à ne rien faire) ? Ce montant justifie ou non l'investissement.

La règle 3-2-1, et ce qu'elle ne dit pas

La règle est connue : 3 copies des données (l'original et deux sauvegardes), sur 2 supports différents, dont 1 hors site. Cybermalveillance.gouv.fr recommande les mêmes principes de fond : plusieurs sauvegardes sur des supports différents, un support déconnecté du réseau quand il ne sert pas, une copie dans un autre lieu (fiche sauvegardes).

Ce que la règle 3-2-1 ne dit pas, et que les rançongiciels ont rendu essentiel : au moins une copie doit être impossible à modifier ou à effacer depuis le réseau de l'entreprise, même par un administrateur dont le compte est compromis. D'où la variante parfois appelée 3-2-1-1-0 : une copie hors ligne ou immuable en plus, et zéro erreur lors des vérifications de restauration.

Le piège le plus courant Un NAS ou un disque USB monté en permanence sur le serveur n'est pas une sauvegarde hors d'atteinte : un rançongiciel chiffre tout ce qu'il voit, lecteurs réseau compris. Une sauvegarde accessible en écriture avec les mêmes identifiants que le serveur partage le sort du serveur.

Immuable, hors ligne, hors site : trois protections différentes

On mélange souvent ces termes. Ils répondent à des risques distincts :

ProtectionCe qu'elle protègeExemple de mise en oeuvreLimite
Hors siteIncendie, vol, dégât des eaux, panne du localCopie chiffrée vers un hébergeur en Europe, ou disque rangé dans un autre lieuUne copie hors site modifiable reste attaquable
Hors ligne (air gap)Rançongiciel, compte administrateur compromisDisques en rotation, débranchés après la sauvegardeDépend d'une personne qui change les disques
ImmuableSuppression ou chiffrement par un attaquant, erreur humaineStockage objet avec verrouillage (Object Lock) pour une durée définieCoût de stockage pendant la durée de verrou, paramétrage à bien faire

L'immuabilité s'appuie sur des fonctions documentées des fournisseurs de stockage objet. Par exemple, le verrouillage d'objets d'Amazon S3 (« Object Lock ») interdit la suppression et l'écrasement d'une version pendant une période de rétention (documentation AWS) ; d'autres fournisseurs proposent un mécanisme équivalent. Le principe compte plus que la marque : le mode de verrouillage doit être celui où même le propriétaire du compte ne peut pas raccourcir la durée avant son terme.

Point de vigilance souvent oublié : les identifiants de la sauvegarde ne doivent pas être ceux du domaine. Si l'attaquant obtient le compte administrateur de l'entreprise et que la console de sauvegarde accepte ce compte, il supprime les sauvegardes avant de chiffrer. Compte distinct, mot de passe unique, MFA, et accès à la console limité à un poste d'administration.

Que sauvegarder : la liste qu'on oublie de faire

Avant de parler d'outil, dressez la liste de ce qui fait tourner l'entreprise. Un inventaire d'une page suffit, avec pour chaque ligne : où sont les données, qui en est responsable, quel RPO.

  • Fichiers partagés (serveur, NAS, OneDrive, SharePoint) et dossiers locaux des postes qui échappent au partage.
  • Messagerie : hébergée chez Microsoft ou Google, elle n'est pas sauvegardée par défaut au sens d'une copie indépendante. Voir notre checklist de sécurisation Microsoft 365.
  • Logiciels métier et leurs bases de données : copier les fichiers d'une base en cours d'utilisation donne souvent une copie inutilisable. Il faut une sauvegarde cohérente (export, instantané, ou outil conscient de l'application).
  • Configurations : pare-feu, commutateurs, bornes Wi-Fi, DNS, certificats. Quand tout est à reconstruire, ces fichiers de quelques kilo-octets font gagner des heures.
  • Machines virtuelles ou image complète du serveur si le RTO exige de redémarrer vite sans tout réinstaller.
  • Secrets et clés : clé de chiffrement de la sauvegarde, codes de récupération BitLocker, accès au registrar du nom de domaine. Une sauvegarde chiffrée dont on a perdu la clé est une sauvegarde perdue.

La fréquence découle du RPO, la durée de conservation du risque

Un schéma simple pour une TPE : une sauvegarde quotidienne conservée quelques semaines, des copies hebdomadaires conservées quelques mois, et des copies mensuelles conservées plus longtemps selon les obligations légales ou contractuelles. L'historique est précieux contre un rançongiciel qui a dormi : si l'infection date de trois semaines, une rétention de sept jours ne contient que des données déjà corrompues.

Faites une estimation du volume et du débit. Exemple de calcul à reproduire avec vos chiffres : 500 Go à restaurer par une liaison qui débite réellement 100 Mbit/s demandent environ 11 heures de transfert, sans compter la vérification. Ce simple calcul explique pourquoi un RTO d'une demi-journée impose souvent une copie locale rapide en plus de la copie hors site. Les débits théoriques de l'abonnement ne sont jamais atteints en pratique : mesurez.

Le test de restauration, seule preuve qui compte

Un voyant vert dans la console prouve que le logiciel a fini son travail, pas que vous pouvez redémarrer. Trois niveaux de test, du plus simple au plus complet :

  1. Restauration d'un fichier au hasard, chaque mois : on choisit un fichier précis, on le restaure ailleurs, on l'ouvre.
  2. Restauration d'une application complète (la base du logiciel de facturation, par exemple) sur une machine de test, chaque trimestre ou après chaque changement important. On vérifie que l'application démarre et que les dernières données sont là.
  3. Exercice de reprise, chaque année : on simule la perte du serveur et on chronomètre. Le temps mesuré est votre vrai RTO, pas celui du devis.

Consignez chaque test dans un registre d'une ligne : date, ce qui a été restauré, durée, anomalies. C'est aussi la preuve utile en cas de contrôle ou de demande d'un assureur ou d'un client.

Le plan de reprise d'activité : quatre pages, pas quarante

Un PRA de TPE n'a pas besoin d'être un classeur. Il doit tenir sur quelques pages que quelqu'un d'autre que vous peut lire un jour de crise, imprimées et rangées hors du système informatique (le jour où le réseau est chiffré, le document en ligne n'est plus lisible).

  1. Qui décide et qui appelle qui : une personne de direction, un référent technique, le prestataire informatique, l'assureur, le numéro à contacter pour déposer plainte.
  2. Ordre de redémarrage : quels services reviennent en premier (messagerie, facturation, téléphonie) et ce dont chacun dépend (DNS, annuaire, base de données).
  3. Où sont les sauvegardes et comment y accéder : emplacements, comptes, clés, avec la procédure de restauration pas à pas.
  4. Mode dégradé : comment travailler pendant l'arrêt (devis papier, téléphone mobile, messagerie provisoire) et qui prévient les clients.

Côté méthode d'ensemble, l'ANSSI publie un guide pour se préparer et réagir face aux rançongiciels (Attaques par rançongiciels, tous concernés) et Cybermalveillance.gouv.fr propose une fiche réflexe rançongiciel à imprimer. Les deux insistent sur la même priorité : isoler les machines touchées, ne pas payer sans conseil, et partir d'une sauvegarde saine.

Vérifiez que la sauvegarde est saine avant de restaurer Restaurer sur un réseau où l'attaquant est encore présent, ou à partir d'une copie déjà infectée, recommence l'incident. Isolez, comprenez comment l'attaquant est entré, changez les identifiants, puis restaurez sur un environnement propre.

Obligations et assurance

La sauvegarde et la continuité d'activité figurent parmi les mesures exigées par la directive NIS2 pour les entités concernées (notre guide NIS2). Même hors périmètre, un assureur cyber ou un grand client donneur d'ordre demande de plus en plus de preuves : copie hors ligne ou immuable, tests documentés, MFA sur les accès d'administration. Un registre de tests à jour répond à ces questionnaires en quelques minutes.

Checklist de contrôle

  • RPO et RTO écrits, validés par la direction.
  • Au moins trois copies, deux supports, une copie hors site.
  • Au moins une copie immuable ou hors ligne.
  • Identifiants de sauvegarde distincts de ceux du domaine, avec MFA.
  • Messagerie, SaaS et bases de données couvertes, pas seulement les fichiers.
  • Clé de chiffrement et codes de récupération conservés à part.
  • Test de restauration mensuel (fichier) et trimestriel (application), exercice annuel, tout consigné.
  • PRA imprimé, avec contacts et ordre de redémarrage.
Sauvegarde et plan de reprise pour votre entreprise Je mets en place des sauvegardes immuables, teste les restaurations et rédige le plan de reprise des TPE et PME de Montpellier et de l'Hérault. Détails sur la page Sauvegarde et PRA ou demandez un devis.
Glossaire technique (5 termes)
RPO
Recovery Point Objective : quantité maximale de données que l'entreprise accepte de perdre, exprimée en durée (par exemple 4 heures de travail).
RTO
Recovery Time Objective : durée maximale d'arrêt acceptable avant le retour à un service utilisable.
Sauvegarde immuable
Copie qui ne peut être ni modifiée ni supprimée pendant une durée de rétention définie, même avec un compte administrateur. Elle neutralise le chiffrement ou l'effacement par un attaquant.
PRA
Plan de reprise d'activité : procédures écrites pour restaurer les systèmes et reprendre le travail après un sinistre ou une cyberattaque.
Air gap
Copie physiquement déconnectée du réseau (disque débranché, support rangé ailleurs) lorsqu'elle n'est pas en cours de sauvegarde.

Questions Fréquentes

Non, pas seul. Un NAS monté en permanence sur le réseau peut être chiffré par un rançongiciel avec le reste, et il ne protège pas d'un incendie ou d'un vol. Il sert de copie locale rapide, à compléter par une copie hors site et une copie immuable ou déconnectée.

Un fichier au hasard chaque mois, une application complète sur une machine de test chaque trimestre ou après un changement important, et un exercice de reprise complet chaque année en chronométrant le temps réel.

En chiffrant ce que coûte une journée d'arrêt et la perte de quelques heures de saisie : chiffre d'affaires, salaires, pénalités. Plus les objectifs sont serrés, plus la solution technique est coûteuse. C'est une décision de direction, pas un choix d'outil.

Oui si les courriels et les documents sont critiques. Ces services garantissent la disponibilité, mais leurs corbeilles et historiques ont une durée limitée. Une sauvegarde tierce conserve une copie indépendante, avec la durée que vous choisissez.

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Jérémy, fondateur de RJ6 Informatique

Écrit par Jérémy Sperenzo

Fondateur de RJ6 Informatique (créée en 2016), administrateur système et réseau certifié, 15 ans d'expérience. Dépannage PC et Mac, cybersécurité et développement web.

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